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 dark doom honey, i follow you ft. rosaline

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MessageSujet: dark doom honey, i follow you ft. rosaline   Lun 6 Mar - 20:15

   
rosaline & scott

Il n’aurait su dire ce qui lui avait pris, sur le moment. L’idée ne lui avait même pas semblé bonne à vrai dire. C’était quelque chose d’instinctif, d’automatique. D’obligatoire ? Il avait suffit que son regard se pose sur elle pour qu’il oublie tout le reste. Les rues pavées, la musique un peu trop forte qui provenait du bar au coin de la rue, les gens. Le temps cessait d’avancer, la terre de tourner et il se retrouvait déconnecté du monde pour ne plus l’être qu’à elle. Elle, qui ne connaissait pas son existence; ne la soupçonnait probablement même pas. Elle n’était rien d’autre qu’un mystère, un point d’interrogation dans un calepin qu’il se devait de résoudre coûte que coûte. La raison ? Il ne la connaissait pas. Depuis la toute première fois où son regard s’était posé sur elle, Scott s’était retrouvé malgré lui enfermé dans un cercle vicieux: incapable de réfléchir lorsqu’il la regardait tout autant que de décrocher son regard d’elle lorsqu’elle était là. Bien plus qu’une simple incompréhension, l’étudiant se surprenait parfois à ressentir une curiosité -trop- vorace, une passion silencieuse pour celle qu’il avait depuis longtemps renommée « l’ombre ». Pourquoi ? Parce qu’elle disparaissait du paysage aussi vite qu’elle le perçait par son arrivée. Difficile à suivre, cela ne la rendait que plus mystérieuse encore et Scott, maladivement curieux. Parfois au détour d’une allée il lui arrivait de penser à elle, sans réelle raison apparente, s’amusant même à imaginer quels pouvaient être sa vie, son quotidien. Poussant le vice à son extrême il réinventait les détails d’une existence parallèle, dans une dimension cosmique bien différente. Une dimension où il les connaîtrait, ses habitudes et elle. L’une de celles où l’invention n’existerait plus et où toutes les informations ne seraient plus que le fruit de son observation. Il y avait cependant une foule de petites choses qu’il avait appris des quelques fois où son chemin avait croisé le sien: elle ne conduisait pas, buvait des cocktails élaborés, était toujours apprêtée de façon très élégante, échangeait peu avec le monde qui l’entourait et enfin, elle n’habitait pas en ville. Bon d’accord ce dernier point, il vous le concédera, il ne l’a pas remarqué simplement en l’observant. Disons plutôt qu’il avait fait quelques investigations…. Poussées ? Il était plus facile pour lui de nier plutôt que de faire face au fait que son comportement était on ne peut plus anormal. On ne voit pas quelqu’un dans un bar et décide de tout savoir sur lui pour la simple et bonne raison que… Que quoi, pour commencer ? Que la personne nous intrigue ? Le mot était bien trop faible.

Souvent à proximité mais jamais suffisamment proche, Scott n’avait jamais eu l’occasion de renifler son odeur afin de la mémoriser au creux de sa mémoire. Il se contentait simplement d’être spectateur d’une vie à laquelle il n’appartenait pas, tentant de connaître une personne dont ce n’était pas plus le cas. Conscient que son esprit et ses ressentis lui jouaient des tours, il avait jusqu’alors gardé les manières du convenable. Trop intimidé, ou peut-être était-ce de la confusion après tout, il s’était caché derrière une distance bien trop raisonnable.  L’idée de lui adresser le moindre mot ne lui avait même pas effleuré l’esprit tant il cultivait le mythe de sa personne. Elle était dès lors devenue comme une muse sans même en soupçonner la possibilité, la saveur ou la texture. Doucement mais surement, elle creusait le sillon de la perte de Scott au sein même de son esprit. Le calcul était pourtant simple: plus il la voyait et plus il voulait la voir. Une drogue. Rien de plus, rien de moins. Contre laquelle il ne pouvait espérer ni répit, ni rédemption. Si l’on y réfléchissait bien il n’avait de toute évidence aucune envie de se sevrer d’elle, de toute manière. Toujours plus, jamais assez. Imaginer ne lui suffisait plus, il fallait qu’il sache. Commencer par mettre un nom sur un visage lui semblait d’ailleurs être la première étape ouvrant les portes à tout le reste. Mais comment ? Il lui était impossible de se présenter à elle de la plus banale des façons en espérant avoir gain de cause, par miracle. De plus, elle semblait si inaccessible que l’idée lui paraissait encore plus affligeante. Il fallait également qu’il évite de passer pour l’un de ces idiots qui, une bière à la main et trois de trop dans le nez, draguaient sans foi ni loi toutes les proies qui croisaient leurs routes dans les différents bars de la ville. N’était-ce pas une étrange que de craindre le regard  que pourrait poser une parfaite inconnue sur vous ? S’il ne pouvait obtenir son nom par le plus simple des stratagèmes, Scott s’était résolu à user de la ruse. Il n’en était certes pas très fier mais le besoin de savoir était tel qu’il en arrivait à oublier cette sensation de culpabilité qui pulsait dans ses veines. Tassée, tue et bien vite remplacée par l’adrénaline et l’excitation d’avoir de nouvelles informations sur sa muse. De vraies informations. Pas de celles qu’il montait de toute pièce comme pour recoller les morceaux d’un puzzle trop complexe.

Alors il l’avait suivie, tout simplement. Il ne lui avait pas fallu beaucoup d’efforts, seulement de suffisamment de perspicacité pour démarrer juste après qu’elle soit montée dans une coche, comme on pouvait en croiser beaucoup près de l'ancien quartier français à des fins touristiques, sans pour autant se faire remarquer. La voir monter dans un tel moyen de transport ne le surprenait pas, cela était quasiment dans la continuité du personnage chic et outre-temps qu'elle représentait. La traque était un art dont Scott était loin d’être le leader lorsqu’elle ne concernait rien de surnaturel. Sans son odeur ou quoi que ce soit lui appartenant, il lui était impossible de la pister autrement qu’en retraçant ses pas ou, ici en l’occurrence, le trajet jusqu'à sa demeure. La route fut longue et en milieu de chemin, une question fugace concernant la nécessité de cette mission lui imbiba l’esprit. Ne prenait-il pas trop de risques pour un résultat qui le décevrait peut-être ? Et si cette femme était aux opposés de ce qu’il s’était imaginé d’elle ? Mais l’incertitude ne dura pas, trop vite balayée par la nouvelle poussée d’adrénaline que lui procura la réussite de sa quête: ils arrivaient à destination. Ce n’est qu’au moment de poser pied à terre que Scott réalisa enfin qu’à la suivre aveuglément, il était en réalité sorti de la ville et tout ce qui pouvait s’avérer être civilisé. Il n’y avait plus qu’eux, éloignés de plusieurs dizaines de mètres fort heureusement, et une grande demeure à l’allure impressionnante entourée d’un portail. Hésitant sur ce qu’il devait faire maintenant qu’il en était arrivé là, il ne pouvait de toute manière approcher le portail où devait se trouver la boîte aux lettres qu’il espérait trouver tant qu’elle n’était pas rentrée, le jeune homme se contenta de retirer son casque, d’éteindre le moteur et de descendre de sa moto. Heureusement pour lui il bénéficiait de la pénombre ambiante pour ne pas se faire remarquer. Enfin ça, c’est-ce qu’il croyait.


(c) naehra.


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MessageSujet: Re: dark doom honey, i follow you ft. rosaline   Mer 15 Mar - 21:08

Dark doom honey, I follow you - Rosaline & Scott.
La clarté matinale, fière et radieuse, éloignait d’ordinaire les sombres toiles réalisées par notre imagination durant l’incertitude de la nuit. La première idée de la jeune femme, à son éveil, fut alors de s’élancer à la fenêtre pour contempler, d’un œil rêveur, son immense jardin. Repoussant les carreaux de verre qui la séparaient de l’extérieur, elle humecta la fragrance du jour. D’abord, une puissante odeur de roses pénétra ses appartements. A la suite, vint se mêler à ce premier effluve, le parfum fort et épicé, de la fleur de magnolia. Puis ce fut au tour de la saveur lourde et poivrée du daphné d’hiver de venir imbiber son lieu de vivre. Une palette parfaite d’arômes divers qui faisait fourmiller en elle une infinité de sensations agréables. Sa passion pour la nature, qu’elle avait finie par considérer comme son égale, sa sœur la plus chère, l’habitait depuis son enfance et ne l’avait finalement jamais quittée.

Avec cette grâce et cette légèreté d’éthérée qui lui était propre, elle se dirigea vers les glaces titanesques qui ornaient les murs de sa chambre, et se plaça de face à son reflet. Elle se mit à contempler à nouveau, par l’intermédiaire de la psyché, celle qu’elle était devenue avec les années. Que voyait-elle ? Certainement la même peinture que tous ceux qui déposaient leur regard sur elle : Une femme d’une beauté immanquable, aux traits doux et raffinés, dont la silhouette délicate était – comme toujours - splendidement décorée. Le premier de ses détails qui nous interpellaient était incontestablement le bleu de ses yeux. Tantôt clairet et chatoyant, il ravissait ses allocutaires, tantôt sombre et infini, il déconcertait ceux qui s’y laissaient plonger, tantôt tirant sur les différences de vert, il tendait à nous faire douter des origines de cette créature, occasionnant l’idée incertaine d’un être mixte issu d’une rencontre entre la condition humaine et la végétale. Mais quel qu’ait été les nuances qu’il eût arborées, il conservait toute sa pénétrance. Puisque, oui, dans ses prunelles dormaient à la fois une malice et une pureté, que l’on ne retrouvait que chez les individus les plus singuliers. C’était bien à travers ses iris que la magie opérait, portant vers nous un charme mystique dont on ne pouvait se défaire une fois qu’il avait percé notre âme. Sire William Kerr, aussi connu sous son titre de Marquis de Lothian, homme de la noblesse anglaise - pour prendre un exemple parmi tant d’autres - fut un des plus grands de l’Angleterre à avoir succombé à l’envoûtement de la Vicomtesse. Il l’avait considérée à la manière d’une fleur rare et inconnue qu’il s’était fait mission de cueillir, avec grand soin et précaution, pour ne point en froisser les pétales. Cependant, à peine eut-il put se délecter des vertus de son nectar qu’il se piqua sur les épines empoisonnées de sa tige que ses feuilles avaient jusque là dissimulées. Aujourd’hui encore, malgré la différence d’époque, elle ne laissait pas indifférent. La liste des « prétendants » - si l’on pouvait les considérer ainsi – n’avait fait que s’allonger à mesure que le temps avait passé, semblant ne jamais trouver de fin.

Tant que nous y sommes lecteurs, vous ai-je déjà parlé de ce jeune homme qui s’intéresse à elle depuis quelques semaines déjà ? Lui aussi, me parait être un exemple de choix, pour vous illustrer cet effet mystérieux que pouvait avoir la reine des roses sur nous, cet intérêt maladif qu’elle pouvait susciter chez autrui. J’avais pu observer, au fil du temps, cette portée vers elle se transformer en une ivresse frénétique – et ce ne sont pas là quelques hâbleries pour donner davantage d’ampleur au fait -  à laquelle ledit jeune homme avait de plus en plus de mal à résister. Et ce n’était pas sans que l’objet de sa passion ne s’en aperçoive, pensez-le bien. Si au départ, elle ne s’était pas plus souciée que cela de ses regards insistants engagés vers elle, elle avait cependant fini par s’apercevoir qu’il tentait, lorsque l’occasion se présentait, d’en apprendre plus à son sujet. Et c’est volontairement qu’elle s’était laissée prendre au jeu, semant à l’intention du désireux quelques maigres indices ici et là, avant de se volatiliser ensuite, le laissant à ses interrogations. D’une nature malicieuse, rien n’était plus plaisant pour la Vicomtesse d’en jouer et de le manipuler à sa guise. Mais pour l’heure, revenons-en au sujet initial !

Le second attribut, contre toute attente ne reposait pas sur son physique enchanteur, mais bien sur son attitude. On rencontrait rarement des personnalités avec un tel goût de la distinction. Jamais sa voix velouteuse ne s’élevait au-delà de l’ordinaire pour se faire entendre, et sa démarche qui n’était pas en reste, ne s’éloignait jamais de ses manières de préciosité et de légèreté. Ses gestes, bien qu’expressifs, étaient toujours mesurés et ne heurtaient jamais la bienséance. Cette manie que les personnes d’aujourd’hui avaient de jurer pour trop peu l’irritaient, d’ailleurs. La bonne conduite des damoiseaux et damoiselles, la virtuosité du beau langage, tout cela n’était plus et c’était fort dommage à ses yeux. L’être humain, à mesure qu’il se hâtait vers la nouveauté et la modernité - le « progrès » comme ils aimaient le dire - évoluait de décadence en décadence sans même s’en apercevoir. Elle, préférait à ce nouveau monde l’ancienneté et la tradition. Elle avait un goût pour le classicisme et le legs qui s’illustrait jusque dans ses habitudes vestimentaires. A chaque occasion, Lady Rosaline de Beauregard paraissait somptueusement vêtue, à l’image des femmes de l’ère révolue, ce qui avait toujours donné, d’ailleurs, quelques surprises à ceux qui croisaient son chemin. A l’inverse des vampires centenaires qui s’adaptaient aux esthétiques et coutumes, elle, n’avait jamais troqué les pièces de sa garde-robe contre celles de l’époque, si ce n’était pour en porter de plus raffinées encore à son sens - je pense ici aux habits d’esthétique victorienne. Certes, il lui arrivait de rares fois d’être perçue avec des œuvres de grands couturiers du siècle actuel, qui cherchaient à imiter d’une sorte ou d’une autre les tendances du passé tout en conservant un peu de ce rayonnement d’aujourd’hui. Mais ces fois, comme je viens de vous l’affirmer, lecteurs, sont rares.

Au reste, elle, voyait au travers de ce personnage résolument atypique lorsqu’elle se mirait dans la glace. C’était le reflet de son âme corrompue qui lui était renvoyé. Cette femme qui avait pendant une vie recherché son identité, et pensant l’avoir enfin saisie, s’était laissée sombrer dans le vice et les ténèbres de l’existence. Même moi, lecteurs, je rencontrais parfois des difficultés à la cerner et définir, à savoir exactement ce qui eut traversé son esprit, à entrevoir ses idées derrière les brumes de son regard fatigué. Souvent, elle me paraissait être l’une des personnes les plus odieuses qui eurent peuplé ce monde, et c’était ainsi que je vous la dépeignais alors. Mais à d’autres moments, j’avais le sentiment que l’ombre de ses regrets l’assaillait par tous les côtés.
A présent, j’y voyais plus clair. Rosaline n’était autre qu’un formidable tableau où s’affrontaient dans un tumulte sans fin le clair et l’obscur. Même si ce dernier semblait aujourd’hui s’allonger sur l’intégralité la peinture, son éternel opposant n’en disparaissait jamais totalement, et c’est ce qui faisait la beauté et la complexité de l’œuvre. Derrière cet affrontement perpétuel se trouvait bien une âme. Une âme soumise aux fantaisies de ce que nous nommions « le Destin ». Comme le reste de la lignée, Rosaline Angelie Elisabeth Raevensworth était damnée, et de ce fait c’est un dénouement funeste qui l’attendait à la fin de l'histoire.

Après des réflexions silencieuses, elle se détourna de la psyché et s’en fut alors se vêtir. Un coche l’attendait à l’entrée du domaine. Si elle souhaitait faire de son aspiration à longs-termes réalité, aucun relâchement ne lui était permis, ses efforts pour atteindre l’immortalité devaient se poursuivre. Depuis des siècles maintenant, elle menait d’interminables recherches qui s’étaient montrées peu fructueuses. Entendez par-là qu’elle n’avait trouvé aucun moyen réel ou direct d’obtenir la vie éternelle, seulement des « solutions » insatisfaisantes qu’elle qualifiait ainsi : « de passage ». Alors aujourd’hui, elle avait élargi son champ d’activité et ne se limiterait désormais plus à un simple axe de recherche. Exploitant son talent naturel pour les arts mystiques, elle s’était tournée vers de nouvelles magies, agrandissant son horizon. Pour le moment, elle n’était qu’à ses premiers apprentissages, mais un jour – tout du moins elle l’espérait, elle toucherait au but.

Lorsqu’elle fut enfin parée, avec cette même attitude dont elle ne se détachait pas, elle s’élança une nouvelle fois à la redécouverte de son propre miroitement dans la glace. Satisfaite de ce que la surface de verre lui représentait, un fin sourire vint étirer le coin de ses lèvres colorées en rouge. Ses mains glissèrent le long de son architecture, pareil à si elle eut cherché à redessiner les courbes de sa silhouette déjà harmonieuse. Du bout des doigts, elle s’assura qu’aucun pli ne venait gâcher la parfaite lisseté de la veste en soi rose pale qui couvrait son corsage à dentelles. Les contours de son visage ovoïdal, quelque fois tapis derrière une cascade d’ébène,  se distinguaient parfaitement aujourd’hui, car  leur détentrice avait domestiqué sa chevelure de sorte à ce que celle-ci puisse ruisseler librement le cours de son dos tout en permettant à son visage de rester dégagé. Du regard, elle poursuivit ses vérifications, et cela dut bien durer plusieurs minutes avant qu’elle ne se fût décidée à quitter la pièce de vivre. Lorsqu’enfin elle fut descendue et hors du manoir, elle se contenta de suivre le chemin dallé qui se frayait entre les jardins, ne prenant même pas la peine de se hâter. Pourtant, cela faisait une heure – voire plus - que le cocher l’attendait.

« Il vaut mieux se présenter en retard à une occasion que mal apprêtée. »  s’était-elle dit intérieurement, tandis que quelques attentions pour le cocher ainsi que l’interminable attente qu’elle lui avait fait subir effleuraient son esprit.

Au moment où elle arriva au véhicule, elle lui adressa ses salutations,  suivie d’un sourire si doux et coquet qu’il en oublia les raisons pour lesquelles il s’était trouvé si agacé quelques instants plus tôt. Enfin, la noble damoiselle, après avoir échangé quelques politesses avec lui, s’installa sans perdre plus de temps.

La sortie, comme Rosaline l’avait prévue, se passa sans grande agitation. La balade au sein de la Nouvelle-Orléans fut fort plaisante, si bien qu’elle ne vit pas l’heure passer, ni venir le moment de partir. Entre temps, au détour d’une rue elle put rencontrer – enfin si l’on pouvait dire qu’une brève et distante entrevue où quelques regards s’échangeaient était une rencontre – ce même jeune homme dont je vous avais parlé plus tôt dans le récit. Aussitôt l’avait elle aperçu, aussitôt décida-t-elle de disparaître de sa vue. Elle s’en était alors retournée à la berline, nourrissant l’espérance vicieuse qu’il finisse - un jour - par la suivre.

Sur le chemin du retour, aussi songeuse qu’à l’allée, elle put admirer le défilement du paysage à travers la fenêtre. C’est alors que poussée par un  sentiment interrogatoire, elle se demanda si « l’inconnu », baptisé ainsi, dont l’image lui revenait, l’avait suivie, et si sa passion avait été assez forte pour qu’il se résolve à la suivre hors de la Nouvelle-Orléans. Car oui, vous l’imaginez bien, la dame aux ronces n’attendait que de voir jusqu’où il serait prêt à aller pour la quérir. Alors, elle s’autorisa à s’en donner le cœur net en regardant à travers la glace arrière. Oh ! Etait-ce bien sa silhouette  logée sur un de ces véhicules qu’elle détestait au loin ? Il lui paraissait bien. Se retournant, elle se félicita elle-même, considérant cela comme une première victoire à ce qu’elle considérait les préludes d'un jeu de séduction. Le reste du trajet, bien qu’elle le passa dans un silence penseur, lui parut interminable, parce qu’il lui tardait de se retrouver face à ce bel inconnu. Elle espérait que ce ne soit pas un homme rustre de dernière classe qui tenterait indélicatement de s’en approcher.

« Il n’a pas intérêt à me décevoir. » pensa-t-elle.

Lorsque les chevaux s’arrêtèrent et que son cocher l’interpella, elle comprit alors qu’elle était enfin de retour au domaine de Beauregard. Conséquemment, elle se retira de l’intérieur – en se disant qu’il lui manquait un homme de grâce pour lui ouvrir la porte et lui tenir la main, posa un pied sur le sol, tout en s’assurant que sa jupe ne s’était pas froissée dans le même temps. Une fois hors du compartiment, s’empara de son ombrelle et la piqua sur le sol. Après avoir souhaité une bonne soirée à celui qui avait conduit la voiture de ville, elle se dirigea vers le grand portail du manoir, avec un tel manque d’empressement qu’on aurait dit qu'elle attendait que l'on la rejoigne.

« Bon, tout ceci fut bien agréable ! » s’écria-t-elle à haute voix, après avoir repoussé l’une des grandes portes en fer.

La fascinatrice fit un tour sur elle-même, puis s’adressa à son admirateur qui l'observait depuis la pénombre :

« Vous devez vous sentir exténué après une si longue route, je présume. Je vous proposerais avec plaisir de venir vous rafraîchir à l’intérieur, hélas, je crains que ce ne soit difficile sans savoir l’identité de celui à qui je m’adresse. »

Comme si elle avait, à l’aide un enchantement quelconque, identifié sa position exacte, son regard vrilla droit en la direction du jeune homme. Elle reprit, d’une voix toujours aussi insupportable de douceur, avec une innocence feinte, non sans accompagner le tout par un de ses sourires envoûteurs dont elle avait l'art :

« Puis-je connaître votre nom… ? »





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❀ PERFECT ILLUSION


Will you still love me when I'm no longer young and beautiful ? Will you still love me when I've got nothing but my aching soul ? © FRIMELDA



Dernière édition par Rosaline de la Rosai le Mer 17 Mai - 22:16, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: dark doom honey, i follow you ft. rosaline   Mer 5 Avr - 20:19


rosaline & scott

Toujours tapi dans l'ombre, il réalisait que la prise de conscience était à la fois entière mais aussi enivrante. Ses lèvres à demi closes retenaient leur souffle quant à son rythme cardiaque, il s'était peu à peu ralenti comme pour rendre lui aussi honneur à ce silence d'or. Une certaine forme d'anxiété était cependant présente et suffisamment perspicace d'ailleurs pour faire trembloter ses mains devenues légèrement moites mais elle ne faisait pas fière allure face à ce besoin qu'il avait de l'entrevoir une fois encore. Et comme si une force cosmique répondait aux ordres silencieux qui traversaient l'esprit du loup au même moment, il entendit la porte s'ouvrir et -certainement- dévoiler celle qui restait encore un mystère irrésolu. A l'image d'une chasse à l'homme elle avait par un simple regard, et avec tant d'aisance et de talent qu'on aurait pu croire qu'elle ne regardait même pas le viseur, tiré une balle qui lui avait accroché, harponné le cœur avec sauvagerie. Elle faisait partie de ces violences contre lesquelles l'espoir était vain et où chaque tentative de se débattre faisait empirer les choses. Une balle bien logée, se divisant morceau par morceau pour s'immiscer dans chaque recoin d'une âme trop pure et d'un cœur trop attendri. Il pouvait la sentir, son influence qui se déversait jusque dans ses veines. Et le pire dans tout ça était qu'il avait beau en avoir conscience mais ne pouvait et ne voulait y changer quoi que ce soit. Ces sensations inédites qui l'avaient d'abord effrayé lui procuraient aujourd'hui des palpitations bien différentes. Dévoué, aveuglé. Il combattrait l'ascendance que la lune opérait sur lui si cela signifiait qu'elle serait seule maîtresse de ses maux. Parce c'était mieux que rien ; et définitivement préférable au voile d'inconnu qui les séparait encore. Elle avait marqué son être tout entier comme l'on marque une parcelle de peau au fer rouge à la différence seule que, contrairement à une cicatrice, ce qu'elle avait planté ne cessait de s'accroître et ravivait en lui deux sentiments longtemps mis de côté : la joie d'être vivant et l'excitation de l'inconnu.

Dans son infinie impatience Scott ne put s'empêcher de faire tantôt quelques pas à gauche, tantôt à droite comme si cela allait lui permettre de l'apercevoir plus rapidement. La logique était évidemment fausse mais cela ne l'empêcha pas de continuer jusqu'à ce qu'il aperçoive enfin un grand chapeau dépasser de la « voiturette ». Ses membres se figèrent instantanément à cette révélation. Cela ne pouvait être qu'elle.  Songe plus timide et profond encore : il fallait que ce soit elle. Pour lui et pour que son esprit ne se perde pas dans davantage de tourments... Mais également pour son organe battant qui, depuis cette petite entrevue, avait retrouvé un rythme effréné, presque furieux. Il pouvait l'entendre battre jusque dans ses tempes et sentait sa cage thoracique se soulever rapidement dans sa poitrine sans trouver épuisement. Il avait tant attendu  pour ce moment et était, ici, si près de son but qu'il n'aurait su contrôler des émotions si tumultueuses. Ce n'est que quelques instants plus tard que son regard se détacha enfin de la coche et ce, dans le seul but de se délecter de la silhouette harmonieuse qui se mouvait sous le clair de lune. Il avait beau avoir eu l'occasion de l'observer à de nombreuses reprises, chaque expérience sonnait comme une toute première fois. Il redécouvrait ses courbes, aisément mises en valeur par une robe qui avait l'air d'avoir été faite spécialement pour elle, mais aussi la cascade de cheveux qui lui tombait sur les épaules au même titre que sa démarche si singulière. Elle respirait la confiance en elle alors que Scott, en contrario, perdait la sienne à mesure qu'elle s'accaparait son attention la plus totale. L’intérêt fut d'ailleurs tel qu'il lui devint très rapidement impossible de la quitter des yeux, ne serait-ce que pour une demi seconde. C'était comme assister à une pièce de théâtre, ou dans ce cas ci un chef-d’œuvre, qu'il ne se lassait pas de voir encore et encore. L'emprise qu'elle avait sur lui dépassait complètement ce qu'il avait jusqu'alors imaginé. Peut-être était-ce la proximité plus restreinte qu'à son accoutumée mais, insatisfait de ne pouvoir la scruter plus en détail, il fit deux pas en avant sans réfléchir aux conséquences.

Lui qui voulait en savoir davantage à son sujet ne tarda pas à être servi : contre toute attente, la jeune femme arrêta sa marche devant le portail et fit entendre de sa voix. De toutes les choses que Scott avait pu récolter ici et là à son sujet, ce détail lui était avant ce soir resté étranger. Certes, il l'avait imaginée plus d'une fois dans ses songes les plus fous mais rien n'avait jamais été à la hauteur de ce dont il était témoin maintenant. Son timbre de voix, son léger accent... Les pièces du puzzle s'assemblaient peu à peu rendant l'image de fond un peu plus ravissante à chaque avancée. L'étudiant était d'ailleurs si distrait par ce qu'il venait de découvrir -il se répétait encore et encore les quelques mots qu'elle avait prononcés- qu'il ne se rendit pas compte tout de suite que c'est vers lui qu'elle s'était tournée pour s'y adresser directement. Dans un premier temps il avait pensé à un heureux hasard que celui qu'elle fasse volte face, lui permettant de mieux la scruter. Dans un deuxième temps et sur une note semblable, il s'était dit qu'il était d'autant plus chanceux de pouvoir enfin capter son regard pour qu'ils partagent pour la première fois vraiment quelque chose. Puis, une poignée de secondes plus tard, il s'était rendu compte de son erreur et la panique l'avait gagné. Attendez... Tournée vers lui et le regardant dans les yeux ? Bien loin de l'euphorie du début, l'excitation d'antan se tapit au fond de son estomac. Ses jambes jusqu'alors frigorifiées semblèrent tout d'un coup flasques manquant de le faire défaillir. Une chance pour lui qu'il avait retrouvé suffisamment d'esprit pour se rattraper et se camper à nouveau avec -plus ou moins- confiance sur elles. Qu'avait-il fait ? Et dans quoi s'était-il fourré ? L'observer de loin, désirer percer le secret de sa personne étaient une chose mais s'infiltrer sur son domaine sans demander la permission en était une autre. Le curieux était démasqué et la source de la curiosité, encore plus à couper le souffle. S'approchant d'un pas hésitant pour sortir de l'ombre des arbres qui le recouvraient, Scott resta néanmoins à une distance plus que raisonnable. Elle avait beau faire preuve de beaucoup de classe et de calme en vue de la situation, cela ne signifiait pas que la suite des événements serait aussi douce à son cœur. Avait-elle l'habitude qu'on la poursuive de la sorte sans son autorisation pour prendre la nouvelle avec tant d'impassibilité ? L'idée qui venait d'apparaître au sein de l'esprit du loup lui fit pincer les lèvres, cachant avec peine la jalousie qu'elle avait fait naître. Lui-même ne se comprenait plus et comprenait encore moins les sentiments étranges qu'elle éveillait d'un simple doute qui n'avait pas lieu d'être. Ils ne se connaissaient pas et n'avaient, de ce fait, aucun droit sur l'autre. Une pensée qui finit d'autant plus d'agacer Scott, jusqu'à ce que la voix de la mystérieuse inconnue vole à nouveau jusqu'à ses oreilles et lui fasse oublier cette mauvaise affaire.

Lui qui était d'une nature assez familière même avec les gens qu'il venait tout bonnement de rencontrer du moment qu'ils semblaient âgés d'à peu près son âge, fit taire les voix dans sa tête qui le suppliaient de dire quelque chose, n'importe quoi du moment qu'il ne laissait pas ce blanc prendre plus d'ampleur. Il avait beau avoir pensé mille choses à la fois, rien n'avait l'air assez éloquent ou à la hauteur de celle à qui il allait s'adresser. Que pouvait-il dire pour se défendre ? Et était-ce seulement nécessaire alors qu'elle avait déjà l'air au courant de tout ? « Vous voulez dire que vous saviez que je vous suivais depuis tout ce temps … ? » Demanda-t-il d'une voix plus timide qu'à son accoutumée mais également pleine d'incompréhension. Si elle l'avait laissé faire sans le stopper en route, c'est peut-être qu'elle aussi, au fond, l'avait voulu ici avec elle. Cette pensée sans doute trop naïve suffit à lui réchauffer le cœur alors qu'il s'approchait de quelques pas supplémentaires. Continuer de rester cloîtré dans l'ombre ne lui servait plus à rien désormais. Prenant conscience qu'il n'avait pas répondu à sa question, l'étudiant se gratta l'arrière du crâne avant de reprendre tout en tentant d'arborer un air cool et détendu qui sonnait probablement faux : « Scott. » Il avait hésité à décliner son nom complet mais cela lui semblait inutile. Et puis, en toute franchise, il avait du mal à ne pas rester béat d'admiration devant un tel sourire. «  Dois-je comprendre que vous n'êtes pas irritée d'avoir été suivie? » Demanda-t-il de but en blanc avant de se mordre la lèvre, s'injuriant psychiquement de tous les synonymes d'imbécile qu'il connaissait. Faux pas sur faux pas. Il avait presque envie de prendre la fuite et de repartir sur sa moto aussi vite qu'il était arrivé. Ce qui l'en empêchait ? Elle, évidemment. Un instant, et dans l'hypnotisme enivrant qu'elle déployait malgré elle sur lui, il manqua de se pencher comme pour lui faire une révérence. « J'aimerais moi aussi mettre un nom sur ce visage que j'ai si souvent croisé, si vous me le permettez. » Il était temps que le doute prenne fin et que le surnom pré-établi qu'il lui avait donné laisse sa place à la vraie appellation.


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