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 dark doom honey, i follow you ft. linerose

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MessageSujet: dark doom honey, i follow you ft. linerose   Lun 6 Mar - 20:15

   
linerose & scott

Il n’aurait su dire ce qui lui avait pris, sur le moment. L’idée ne lui avait même pas semblé bonne à vrai dire. C’était quelque chose d’instinctif, d’automatique. D’obligatoire ? Il avait suffit que son regard se pose sur elle pour qu’il oublie tout le reste. Les rues pavées, la musique un peu trop forte qui provenait du bar au coin de la rue, les gens. Le temps cessait d’avancer, la terre de tourner et il se retrouvait déconnecté du monde pour ne plus l’être qu’à elle. Elle, qui ne connaissait pas son existence; ne la soupçonnait probablement même pas. Elle n’était rien d’autre qu’un mystère, un point d’interrogation dans un calepin qu’il se devait de résoudre coûte que coûte. La raison ? Il ne la connaissait pas. Depuis la toute première fois où son regard s’était posé sur elle, Scott s’était retrouvé malgré lui enfermé dans un cercle vicieux: incapable de réfléchir lorsqu’il la regardait tout autant que de décrocher son regard d’elle lorsqu’elle était là. Bien plus qu’une simple incompréhension, l’étudiant se surprenait parfois à ressentir une curiosité -trop- vorace, une passion silencieuse pour celle qu’il avait depuis longtemps renommée « l’ombre ». Pourquoi ? Parce qu’elle disparaissait du paysage aussi vite qu’elle le perçait par son arrivée. Difficile à suivre, cela ne la rendait que plus mystérieuse encore et Scott, maladivement curieux. Parfois au détour d’une allée il lui arrivait de penser à elle, sans réelle raison apparente, s’amusant même à imaginer quels pouvaient être sa vie, son quotidien. Poussant le vice à son extrême il réinventait les détails d’une existence parallèle, dans une dimension cosmique bien différente. Une dimension où il les connaîtrait, ses habitudes et elle. L’une de celles où l’invention n’existerait plus et où toutes les informations ne seraient plus que le fruit de son observation. Il y avait cependant une foule de petites choses qu’il avait appris des quelques fois où son chemin avait croisé le sien: elle ne conduisait pas, buvait des cocktails élaborés, était toujours apprêtée de façon très élégante, échangeait peu avec le monde qui l’entourait et enfin, elle n’habitait pas en ville. Bon d’accord ce dernier point, il vous le concédera, il ne l’a pas remarqué simplement en l’observant. Disons plutôt qu’il avait fait quelques investigations…. Poussées ? Il était plus facile pour lui de nier plutôt que de faire face au fait que son comportement était on ne peut plus anormal. On ne voit pas quelqu’un dans un bar et décide de tout savoir sur lui pour la simple et bonne raison que… Que quoi, pour commencer ? Que la personne nous intrigue ? Le mot était bien trop faible.

Souvent à proximité mais jamais suffisamment proche, Scott n’avait jamais eu l’occasion de renifler son odeur afin de la mémoriser au creux de sa mémoire. Il se contentait simplement d’être spectateur d’une vie à laquelle il n’appartenait pas, tentant de connaître une personne dont ce n’était pas plus le cas. Conscient que son esprit et ses ressentis lui jouaient des tours, il avait jusqu’alors gardé les manières du convenable. Trop intimidé, ou peut-être était-ce de la confusion après tout, il s’était caché derrière une distance bien trop raisonnable.  L’idée de lui adresser le moindre mot ne lui avait même pas effleuré l’esprit tant il cultivait le mythe de sa personne. Elle était dès lors devenue comme une muse sans même en soupçonner la possibilité, la saveur ou la texture. Doucement mais surement, elle creusait le sillon de la perte de Scott au sein même de son esprit. Le calcul était pourtant simple: plus il la voyait et plus il voulait la voir. Une drogue. Rien de plus, rien de moins. Contre laquelle il ne pouvait espérer ni répit, ni rédemption. Si l’on y réfléchissait bien il n’avait de toute évidence aucune envie de se sevrer d’elle, de toute manière. Toujours plus, jamais assez. Imaginer ne lui suffisait plus, il fallait qu’il sache. Commencer par mettre un nom sur un visage lui semblait d’ailleurs être la première étape ouvrant les portes à tout le reste. Mais comment ? Il lui était impossible de se présenter à elle de la plus banale des façons en espérant avoir gain de cause, par miracle. De plus, elle semblait si inaccessible que l’idée lui paraissait encore plus affligeante. Il fallait également qu’il évite de passer pour l’un de ces idiots qui, une bière à la main et trois de trop dans le nez, draguaient sans foi ni loi toutes les proies qui croisaient leurs routes dans les différents bars de la ville. N’était-ce pas une étrange que de craindre le regard  que pourrait poser une parfaite inconnue sur vous ? S’il ne pouvait obtenir son nom par le plus simple des stratagèmes, Scott s’était résolu à user de la ruse. Il n’en était certes pas très fier mais le besoin de savoir était tel qu’il en arrivait à oublier cette sensation de culpabilité qui pulsait dans ses veines. Tassée, tue et bien vite remplacée par l’adrénaline et l’excitation d’avoir de nouvelles informations sur sa muse. De vraies informations. Pas de celles qu’il montait de toute pièce comme pour recoller les morceaux d’un puzzle trop complexe.

Alors il l’avait suivie, tout simplement. Il ne lui avait pas fallu beaucoup d’efforts, seulement de suffisamment de perspicacité pour démarrer juste après qu’elle soit montée dans une coche, comme on pouvait en croiser beaucoup près de l'ancien quartier français à des fins touristiques, sans pour autant se faire remarquer. La voir monter dans un tel moyen de transport ne le surprenait pas, cela était quasiment dans la continuité du personnage chic et outre-temps qu'elle représentait. La traque était un art dont Scott était loin d’être le leader lorsqu’elle ne concernait rien de surnaturel. Sans son odeur ou quoi que ce soit lui appartenant, il lui était impossible de la pister autrement qu’en retraçant ses pas ou, ici en l’occurrence, le trajet jusqu'à sa demeure. La route fut longue et en milieu de chemin, une question fugace concernant la nécessité de cette mission lui imbiba l’esprit. Ne prenait-il pas trop de risques pour un résultat qui le décevrait peut-être ? Et si cette femme était aux opposés de ce qu’il s’était imaginé d’elle ? Mais l’incertitude ne dura pas, trop vite balayée par la nouvelle poussée d’adrénaline que lui procura la réussite de sa quête: ils arrivaient à destination. Ce n’est qu’au moment de poser pied à terre que Scott réalisa enfin qu’à la suivre aveuglément, il était en réalité sorti de la ville et tout ce qui pouvait s’avérer être civilisé. Il n’y avait plus qu’eux, éloignés de plusieurs dizaines de mètres fort heureusement, et une grande demeure à l’allure impressionnante entourée d’un portail. Hésitant sur ce qu’il devait faire maintenant qu’il en était arrivé là, il ne pouvait de toute manière approcher le portail où devait se trouver la boîte aux lettres qu’il espérait trouver tant qu’elle n’était pas rentrée, le jeune homme se contenta de retirer son casque, d’éteindre le moteur et de descendre de sa moto. Heureusement pour lui il bénéficiait de la pénombre ambiante pour ne pas se faire remarquer. Enfin ça, c’est-ce qu’il croyait.


(c) naehra.


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MessageSujet: Re: dark doom honey, i follow you ft. linerose   Mer 15 Mar - 21:08

Dark doom honey, I follow you - Rosaline & Scott.
La clarté matinale, fière et radieuse, éloignait d’ordinaire les sombres toiles réalisées par notre imagination durant l’incertitude de la nuit. La première idée de la jeune femme, à son éveil, fut alors de s’élancer à la fenêtre pour contempler, d’un œil rêveur, son immense jardin. Repoussant les carreaux de verre qui la séparaient de l’extérieur, elle humecta la fragrance du jour. D’abord, une puissante odeur de roses pénétra ses appartements. A la suite, vint se mêler à ce premier effluve, le parfum fort et épicé, de la fleur de magnolia. Puis ce fut au tour de la saveur lourde et poivrée du daphné d’hiver de venir imbiber son lieu de vivre. Une palette parfaite d’arômes divers qui faisait fourmiller en elle une infinité de sensations agréables. Sa passion pour la nature, qu’elle avait finie par considérer comme son égale, sa sœur la plus chère, l’habitait depuis son enfance et ne l’avait finalement jamais quittée.

Avec cette grâce et cette légèreté d’éthérée qui lui était propre, elle se dirigea vers les glaces titanesques qui ornaient les murs de sa chambre, et se plaça de face à son reflet. Elle se mit à contempler à nouveau, par l’intermédiaire de la psyché, celle qu’elle était devenue avec les années. Que voyait-elle ? Certainement la même peinture que tous ceux qui déposaient leur regard sur elle : Une femme d’une beauté immanquable, aux traits doux et raffinés, dont la silhouette délicate était – comme toujours - splendidement décorée. Le premier de ses détails qui nous interpellaient était incontestablement le bleu de ses yeux. Tantôt clairet et chatoyant, il ravissait ses allocutaires, tantôt sombre et infini, il déconcertait ceux qui s’y laissaient plonger, tantôt tirant sur les différences de vert, il tendait à nous faire douter des origines de cette créature, occasionnant l’idée incertaine d’un être mixte issu d’une rencontre entre la condition humaine et la végétale. Mais quel qu’ait été les nuances qu’il eût arborées, il conservait toute sa pénétrance. Puisque, oui, dans ses prunelles dormaient à la fois une malice et une pureté, que l’on ne retrouvait que chez les individus les plus singuliers. C’était bien à travers ses iris que la magie opérait, portant vers nous un charme mystique dont on ne pouvait se défaire une fois qu’il avait percé notre âme. Sire William Kerr, aussi connu sous son titre de Marquis de Lothian, homme de la noblesse anglaise - pour prendre un exemple parmi tant d’autres - fut un des plus grands de l’Angleterre à avoir succombé à l’envoûtement de la Vicomtesse. Il l’avait considérée à la manière d’une fleur rare et inconnue qu’il s’était fait mission de cueillir, avec grand soin et précaution, pour ne point en froisser les pétales. Cependant, à peine eut-il put se délecter des vertus de son nectar qu’il se piqua sur les épines empoisonnées de sa tige que ses feuilles avaient jusque là dissimulées. Aujourd’hui encore, malgré la différence d’époque, elle ne laissait pas indifférent. La liste des « prétendants » - si l’on pouvait les considérer ainsi – n’avait fait que s’allonger à mesure que le temps avait passé, semblant ne jamais trouver de fin.

Tant que nous y sommes lecteurs, vous ai-je déjà parlé de ce jeune homme qui s’intéresse à elle depuis quelques semaines déjà ? Lui aussi, me parait être un exemple de choix, pour vous illustrer cet effet mystérieux que pouvait avoir la reine des roses sur nous, cet intérêt maladif qu’elle pouvait susciter chez autrui. J’avais pu observer, au fil du temps, cette portée vers elle se transformer en une ivresse frénétique – et ce ne sont pas là quelques hâbleries pour donner davantage d’ampleur au fait -  à laquelle ledit jeune homme avait de plus en plus de mal à résister. Et ce n’était pas sans que l’objet de sa passion ne s’en aperçoive, pensez-le bien. Si au départ, elle ne s’était pas plus souciée que cela de ses regards insistants engagés vers elle, elle avait cependant fini par s’apercevoir qu’il tentait, lorsque l’occasion se présentait, d’en apprendre plus à son sujet. Et c’est volontairement qu’elle s’était laissée prendre au jeu, semant à l’intention du désireux quelques maigres indices ici et là, avant de se volatiliser ensuite, le laissant à ses interrogations. D’une nature malicieuse, rien n’était plus plaisant pour la Vicomtesse d’en jouer et de le manipuler à sa guise. Mais pour l’heure, revenons-en au sujet initial !

Le second attribut, contre toute attente ne reposait pas sur son physique enchanteur, mais bien sur son attitude. On rencontrait rarement des personnalités avec un tel goût de la distinction. Jamais sa voix velouteuse ne s’élevait au-delà de l’ordinaire pour se faire entendre, et sa démarche qui n’était pas en reste, ne s’éloignait jamais de ses manières de préciosité et de légèreté. Ses gestes, bien qu’expressifs, étaient toujours mesurés et ne heurtaient jamais la bienséance. Cette manie que les personnes d’aujourd’hui avaient de jurer pour trop peu l’irritaient, d’ailleurs. La bonne conduite des damoiseaux et damoiselles, la virtuosité du beau langage, tout cela n’était plus et c’était fort dommage à ses yeux. L’être humain, à mesure qu’il se hâtait vers la nouveauté et la modernité - le « progrès » comme ils aimaient le dire - évoluait de décadence en décadence sans même s’en apercevoir. Elle, préférait à ce nouveau monde l’ancienneté et la tradition. Elle avait un goût pour le classicisme et le legs qui s’illustrait jusque dans ses habitudes vestimentaires. A chaque occasion, Lady Rosaline de Beauregard paraissait somptueusement vêtue, à l’image des femmes de l’ère révolue, ce qui avait toujours donné, d’ailleurs, quelques surprises à ceux qui croisaient son chemin. A l’inverse des vampires centenaires qui s’adaptaient aux esthétiques et coutumes, elle, n’avait jamais troqué les pièces de sa garde-robe contre celles de l’époque, si ce n’était pour en porter de plus raffinées encore à son sens - je pense ici aux habits d’esthétique victorienne. Certes, il lui arrivait de rares fois d’être perçue avec des œuvres de grands couturiers du siècle actuel, qui cherchaient à imiter d’une sorte ou d’une autre les tendances du passé tout en conservant un peu de ce rayonnement d’aujourd’hui. Mais ces fois, comme je viens de vous l’affirmer, lecteurs, sont rares.

Au reste, elle, voyait au travers de ce personnage résolument atypique lorsqu’elle se mirait dans la glace. C’était le reflet de son âme corrompue qui lui était renvoyé. Cette femme qui avait pendant une vie recherché son identité, et pensant l’avoir enfin saisie, s’était laissée sombrer dans le vice et les ténèbres de l’existence. Même moi, lecteurs, je rencontrais parfois des difficultés à la cerner et définir, à savoir exactement ce qui eut traversé son esprit, à entrevoir ses idées derrière les brumes de son regard fatigué. Souvent, elle me paraissait être l’une des personnes les plus odieuses qui eurent peuplé ce monde, et c’était ainsi que je vous la dépeignais alors. Mais à d’autres moments, j’avais le sentiment que l’ombre de ses regrets l’assaillait par tous les côtés.
A présent, j’y voyais plus clair. Rosaline n’était autre qu’un formidable tableau où s’affrontaient dans un tumulte sans fin le clair et l’obscur. Même si ce dernier semblait aujourd’hui s’allonger sur l’intégralité la peinture, son éternel opposant n’en disparaissait jamais totalement, et c’est ce qui faisait la beauté et la complexité de l’œuvre. Derrière cet affrontement perpétuel se trouvait bien une âme. Une âme soumise aux fantaisies de ce que nous nommions « le Destin ». Comme le reste de la lignée, Rosaline Angelie Elisabeth Raevensworth était damnée, et de ce fait c’est un dénouement funeste qui l’attendait à la fin de l'histoire.

Après des réflexions silencieuses, elle se détourna de la psyché et s’en fut alors se vêtir. Un coche l’attendait à l’entrée du domaine. Si elle souhaitait faire de son aspiration à longs-termes réalité, aucun relâchement ne lui était permis, ses efforts pour atteindre l’immortalité devaient se poursuivre. Depuis des siècles maintenant, elle menait d’interminables recherches qui s’étaient montrées peu fructueuses. Entendez par-là qu’elle n’avait trouvé aucun moyen réel ou direct d’obtenir la vie éternelle, seulement des « solutions » insatisfaisantes qu’elle qualifiait ainsi : « de passage ». Alors aujourd’hui, elle avait élargi son champ d’activité et ne se limiterait désormais plus à un simple axe de recherche. Exploitant son talent naturel pour les arts mystiques, elle s’était tournée vers de nouvelles magies, agrandissant son horizon. Pour le moment, elle n’était qu’à ses premiers apprentissages, mais un jour – tout du moins elle l’espérait, elle toucherait au but.

Lorsqu’elle fut enfin parée, avec cette même attitude dont elle ne se détachait pas, elle s’élança une nouvelle fois à la redécouverte de son propre miroitement dans la glace. Satisfaite de ce que la surface de verre lui représentait, un fin sourire vint étirer le coin de ses lèvres colorées en rouge. Ses mains glissèrent le long de son architecture, pareil à si elle eut cherché à redessiner les courbes de sa silhouette déjà harmonieuse. Du bout des doigts, elle s’assura qu’aucun pli ne venait gâcher la parfaite lisseté de la veste en soi rose pale qui couvrait son corsage à dentelles. Les contours de son visage ovoïdal, quelque fois tapis derrière une cascade d’ébène,  se distinguaient parfaitement aujourd’hui, car  leur détentrice avait domestiqué sa chevelure de sorte à ce que celle-ci puisse ruisseler librement le cours de son dos tout en permettant à son visage de rester dégagé. Du regard, elle poursuivit ses vérifications, et cela dut bien durer plusieurs minutes avant qu’elle ne se fût décidée à quitter la pièce de vivre. Lorsqu’enfin elle fut descendue et hors du manoir, elle se contenta de suivre le chemin dallé qui se frayait entre les jardins, ne prenant même pas la peine de se hâter. Pourtant, cela faisait une heure – voire plus - que le cocher l’attendait.

« Il vaut mieux se présenter en retard à une occasion que mal apprêtée. »  s’était-elle dit intérieurement, tandis que quelques attentions pour le cocher ainsi que l’interminable attente qu’elle lui avait fait subir effleuraient son esprit.

Au moment où elle arriva au véhicule, elle lui adressa ses salutations,  suivie d’un sourire si doux et coquet qu’il en oublia les raisons pour lesquelles il s’était trouvé si agacé quelques instants plus tôt. Enfin, la noble damoiselle, après avoir échangé quelques politesses avec lui, s’installa sans perdre plus de temps.

La sortie, comme Rosaline l’avait prévue, se passa sans grande agitation. La balade au sein de la Nouvelle-Orléans fut fort plaisante, si bien qu’elle ne vit pas l’heure passer, ni venir le moment de partir. Entre temps, au détour d’une rue elle put rencontrer – enfin si l’on pouvait dire qu’une brève et distante entrevue où quelques regards s’échangeaient était une rencontre – ce même jeune homme dont je vous avais parlé plus tôt dans le récit. Aussitôt l’avait elle aperçu, aussitôt décida-t-elle de disparaître de sa vue. Elle s’en était alors retournée à la berline, nourrissant l’espérance vicieuse qu’il finisse - un jour - par la suivre.

Sur le chemin du retour, aussi songeuse qu’à l’allée, elle put admirer le défilement du paysage à travers la fenêtre. C’est alors que poussée par un  sentiment interrogatoire, elle se demanda si « l’inconnu », baptisé ainsi, dont l’image lui revenait, l’avait suivie, et si sa passion avait été assez forte pour qu’il se résolve à la suivre hors de la Nouvelle-Orléans. Car oui, vous l’imaginez bien, la dame aux ronces n’attendait que de voir jusqu’où il serait prêt à aller pour la quérir. Alors, elle s’autorisa à s’en donner le cœur net en regardant à travers la glace arrière. Oh ! Etait-ce bien sa silhouette  logée sur un de ces véhicules qu’elle détestait au loin ? Il lui paraissait bien. Se retournant, elle se félicita elle-même, considérant cela comme une première victoire à ce qu’elle considérait les préludes d'un jeu de séduction. Le reste du trajet, bien qu’elle le passa dans un silence penseur, lui parut interminable, parce qu’il lui tardait de se retrouver face à ce bel inconnu. Elle espérait que ce ne soit pas un homme rustre de dernière classe qui tenterait indélicatement de s’en approcher.

« Il n’a pas intérêt à me décevoir. » pensa-t-elle.

Lorsque les chevaux s’arrêtèrent et que son cocher l’interpella, elle comprit alors qu’elle était enfin de retour au domaine de Beauregard. Conséquemment, elle se retira de l’intérieur – en se disant qu’il lui manquait un homme de grâce pour lui ouvrir la porte et lui tenir la main, posa un pied sur le sol, tout en s’assurant que sa jupe ne s’était pas froissée dans le même temps. Une fois hors du compartiment, s’empara de son ombrelle et la piqua sur le sol. Après avoir souhaité une bonne soirée à celui qui avait conduit la voiture de ville, elle se dirigea vers le grand portail du manoir, avec un tel manque d’empressement qu’on aurait dit qu'elle attendait que l'on la rejoigne.

« Bon, tout ceci fut bien agréable ! » s’écria-t-elle à haute voix, après avoir repoussé l’une des grandes portes en fer.

La fascinatrice fit un tour sur elle-même, puis s’adressa à son admirateur qui l'observait depuis la pénombre :

« Vous devez vous sentir exténué après une si longue route, je présume. Je vous proposerais avec plaisir de venir vous rafraîchir à l’intérieur, hélas, je crains que ce ne soit difficile sans savoir l’identité de celui à qui je m’adresse. »

Comme si elle avait, à l’aide un enchantement quelconque, identifié sa position exacte, son regard vrilla droit en la direction du jeune homme. Elle reprit, d’une voix toujours aussi insupportable de douceur, avec une innocence feinte, non sans accompagner le tout par un de ses sourires envoûteurs dont elle avait l'art :

« Puis-je connaître votre nom… ? »





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Tristesse estivale. Do not look for my heart anymore, the beasts have eaten it.


Dernière édition par Rosaline de la Rosai le Mer 17 Mai - 22:16, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: dark doom honey, i follow you ft. linerose   Mer 5 Avr - 20:19


linerose & scott

Toujours tapi dans l'ombre, il réalisait que la prise de conscience était à la fois entière mais aussi enivrante. Ses lèvres à demi closes retenaient leur souffle quant à son rythme cardiaque, il s'était peu à peu ralenti comme pour rendre lui aussi honneur à ce silence d'or. Une certaine forme d'anxiété était cependant présente et suffisamment perspicace d'ailleurs pour faire trembloter ses mains devenues légèrement moites mais elle ne faisait pas fière allure face à ce besoin qu'il avait de l'entrevoir une fois encore. Et comme si une force cosmique répondait aux ordres silencieux qui traversaient l'esprit du loup au même moment, il entendit la porte s'ouvrir et -certainement- dévoiler celle qui restait encore un mystère irrésolu. A l'image d'une chasse à l'homme elle avait par un simple regard, et avec tant d'aisance et de talent qu'on aurait pu croire qu'elle ne regardait même pas le viseur, tiré une balle qui lui avait accroché, harponné le cœur avec sauvagerie. Elle faisait partie de ces violences contre lesquelles l'espoir était vain et où chaque tentative de se débattre faisait empirer les choses. Une balle bien logée, se divisant morceau par morceau pour s'immiscer dans chaque recoin d'une âme trop pure et d'un cœur trop attendri. Il pouvait la sentir, son influence qui se déversait jusque dans ses veines. Et le pire dans tout ça était qu'il avait beau en avoir conscience mais ne pouvait et ne voulait y changer quoi que ce soit. Ces sensations inédites qui l'avaient d'abord effrayé lui procuraient aujourd'hui des palpitations bien différentes. Dévoué, aveuglé. Il combattrait l'ascendance que la lune opérait sur lui si cela signifiait qu'elle serait seule maîtresse de ses maux. Parce c'était mieux que rien ; et définitivement préférable au voile d'inconnu qui les séparait encore. Elle avait marqué son être tout entier comme l'on marque une parcelle de peau au fer rouge à la différence seule que, contrairement à une cicatrice, ce qu'elle avait planté ne cessait de s'accroître et ravivait en lui deux sentiments longtemps mis de côté : la joie d'être vivant et l'excitation de l'inconnu.

Dans son infinie impatience Scott ne put s'empêcher de faire tantôt quelques pas à gauche, tantôt à droite comme si cela allait lui permettre de l'apercevoir plus rapidement. La logique était évidemment fausse mais cela ne l'empêcha pas de continuer jusqu'à ce qu'il aperçoive enfin un grand chapeau dépasser de la « voiturette ». Ses membres se figèrent instantanément à cette révélation. Cela ne pouvait être qu'elle.  Songe plus timide et profond encore : il fallait que ce soit elle. Pour lui et pour que son esprit ne se perde pas dans davantage de tourments... Mais également pour son organe battant qui, depuis cette petite entrevue, avait retrouvé un rythme effréné, presque furieux. Il pouvait l'entendre battre jusque dans ses tempes et sentait sa cage thoracique se soulever rapidement dans sa poitrine sans trouver épuisement. Il avait tant attendu  pour ce moment et était, ici, si près de son but qu'il n'aurait su contrôler des émotions si tumultueuses. Ce n'est que quelques instants plus tard que son regard se détacha enfin de la coche et ce, dans le seul but de se délecter de la silhouette harmonieuse qui se mouvait sous le clair de lune. Il avait beau avoir eu l'occasion de l'observer à de nombreuses reprises, chaque expérience sonnait comme une toute première fois. Il redécouvrait ses courbes, aisément mises en valeur par une robe qui avait l'air d'avoir été faite spécialement pour elle, mais aussi la cascade de cheveux qui lui tombait sur les épaules au même titre que sa démarche si singulière. Elle respirait la confiance en elle alors que Scott, en contrario, perdait la sienne à mesure qu'elle s'accaparait son attention la plus totale. L’intérêt fut d'ailleurs tel qu'il lui devint très rapidement impossible de la quitter des yeux, ne serait-ce que pour une demi seconde. C'était comme assister à une pièce de théâtre, ou dans ce cas ci un chef-d’œuvre, qu'il ne se lassait pas de voir encore et encore. L'emprise qu'elle avait sur lui dépassait complètement ce qu'il avait jusqu'alors imaginé. Peut-être était-ce la proximité plus restreinte qu'à son accoutumée mais, insatisfait de ne pouvoir la scruter plus en détail, il fit deux pas en avant sans réfléchir aux conséquences.

Lui qui voulait en savoir davantage à son sujet ne tarda pas à être servi : contre toute attente, la jeune femme arrêta sa marche devant le portail et fit entendre de sa voix. De toutes les choses que Scott avait pu récolter ici et là à son sujet, ce détail lui était avant ce soir resté étranger. Certes, il l'avait imaginée plus d'une fois dans ses songes les plus fous mais rien n'avait jamais été à la hauteur de ce dont il était témoin maintenant. Son timbre de voix, son léger accent... Les pièces du puzzle s'assemblaient peu à peu rendant l'image de fond un peu plus ravissante à chaque avancée. L'étudiant était d'ailleurs si distrait par ce qu'il venait de découvrir -il se répétait encore et encore les quelques mots qu'elle avait prononcés- qu'il ne se rendit pas compte tout de suite que c'est vers lui qu'elle s'était tournée pour s'y adresser directement. Dans un premier temps il avait pensé à un heureux hasard que celui qu'elle fasse volte face, lui permettant de mieux la scruter. Dans un deuxième temps et sur une note semblable, il s'était dit qu'il était d'autant plus chanceux de pouvoir enfin capter son regard pour qu'ils partagent pour la première fois vraiment quelque chose. Puis, une poignée de secondes plus tard, il s'était rendu compte de son erreur et la panique l'avait gagné. Attendez... Tournée vers lui et le regardant dans les yeux ? Bien loin de l'euphorie du début, l'excitation d'antan se tapit au fond de son estomac. Ses jambes jusqu'alors frigorifiées semblèrent tout d'un coup flasques manquant de le faire défaillir. Une chance pour lui qu'il avait retrouvé suffisamment d'esprit pour se rattraper et se camper à nouveau avec -plus ou moins- confiance sur elles. Qu'avait-il fait ? Et dans quoi s'était-il fourré ? L'observer de loin, désirer percer le secret de sa personne étaient une chose mais s'infiltrer sur son domaine sans demander la permission en était une autre. Le curieux était démasqué et la source de la curiosité, encore plus à couper le souffle. S'approchant d'un pas hésitant pour sortir de l'ombre des arbres qui le recouvraient, Scott resta néanmoins à une distance plus que raisonnable. Elle avait beau faire preuve de beaucoup de classe et de calme en vue de la situation, cela ne signifiait pas que la suite des événements serait aussi douce à son cœur. Avait-elle l'habitude qu'on la poursuive de la sorte sans son autorisation pour prendre la nouvelle avec tant d'impassibilité ? L'idée qui venait d'apparaître au sein de l'esprit du loup lui fit pincer les lèvres, cachant avec peine la jalousie qu'elle avait fait naître. Lui-même ne se comprenait plus et comprenait encore moins les sentiments étranges qu'elle éveillait d'un simple doute qui n'avait pas lieu d'être. Ils ne se connaissaient pas et n'avaient, de ce fait, aucun droit sur l'autre. Une pensée qui finit d'autant plus d'agacer Scott, jusqu'à ce que la voix de la mystérieuse inconnue vole à nouveau jusqu'à ses oreilles et lui fasse oublier cette mauvaise affaire.

Lui qui était d'une nature assez familière même avec les gens qu'il venait tout bonnement de rencontrer du moment qu'ils semblaient âgés d'à peu près son âge, fit taire les voix dans sa tête qui le suppliaient de dire quelque chose, n'importe quoi du moment qu'il ne laissait pas ce blanc prendre plus d'ampleur. Il avait beau avoir pensé mille choses à la fois, rien n'avait l'air assez éloquent ou à la hauteur de celle à qui il allait s'adresser. Que pouvait-il dire pour se défendre ? Et était-ce seulement nécessaire alors qu'elle avait déjà l'air au courant de tout ? « Vous voulez dire que vous saviez que je vous suivais depuis tout ce temps … ? » Demanda-t-il d'une voix plus timide qu'à son accoutumée mais également pleine d'incompréhension. Si elle l'avait laissé faire sans le stopper en route, c'est peut-être qu'elle aussi, au fond, l'avait voulu ici avec elle. Cette pensée sans doute trop naïve suffit à lui réchauffer le cœur alors qu'il s'approchait de quelques pas supplémentaires. Continuer de rester cloîtré dans l'ombre ne lui servait plus à rien désormais. Prenant conscience qu'il n'avait pas répondu à sa question, l'étudiant se gratta l'arrière du crâne avant de reprendre tout en tentant d'arborer un air cool et détendu qui sonnait probablement faux : « Scott. » Il avait hésité à décliner son nom complet mais cela lui semblait inutile. Et puis, en toute franchise, il avait du mal à ne pas rester béat d'admiration devant un tel sourire. «  Dois-je comprendre que vous n'êtes pas irritée d'avoir été suivie? » Demanda-t-il de but en blanc avant de se mordre la lèvre, s'injuriant psychiquement de tous les synonymes d'imbécile qu'il connaissait. Faux pas sur faux pas. Il avait presque envie de prendre la fuite et de repartir sur sa moto aussi vite qu'il était arrivé. Ce qui l'en empêchait ? Elle, évidemment. Un instant, et dans l'hypnotisme enivrant qu'elle déployait malgré elle sur lui, il manqua de se pencher comme pour lui faire une révérence. « J'aimerais moi aussi mettre un nom sur ce visage que j'ai si souvent croisé, si vous me le permettez. » Il était temps que le doute prenne fin et que le surnom pré-établi qu'il lui avait donné laisse sa place à la vraie appellation.


(c) naehra.


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MessageSujet: Re: dark doom honey, i follow you ft. linerose   Mar 11 Juil - 20:28

Dark Doom honey I follow you - Linerose & Scott

Chéri, par ici ♥:
 


Ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage,
Traversé çà et là par de brillants soleils ;
Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage,
Qu'il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils.

- Baudelaire.





Alors, la reine diaphane, morose et morcelée, était spectatrice de leur premier échange. Sa lumière laiteuse éclairait le royaume qui s’étalait sous sa sphère. Un calme quiet avait succédé à son ascension. C’était une nuit claire et paisible, dans laquelle on voyait comme en plein jour. Les symphonies de la nature s’harmonisaient et s’ajoutaient à cette sérénité palpable : les arbres se murmuraient des mots, les oiseaux de la nuit s’envolaient dans l’onde argentée. Le vent soufflait au grand chemin qui menait à la bâtisse les fantasmes qu’il cueillait dans son jardin. Il faisait d’autant plus frais et doux, car le domaine de Lady de Beauregard était placé à l’extérieur de la zone urbaine, absent de cette ville en déliquescence. L’air y était sain et riche, les voix n’avaient comme réflexion que leur propre acoustique, et l’horizon demeurait jusqu’alors purifié des œuvres humaines. A l’orée de la demeure, c’était le commencement d’un songe dont on ne voudrait jamais sortir une fois que l’on y serait entré : des parfums puissants émanaient du sol, faisaient oublier aux aventureux les soucis qui troublaient leurs âmes. Ceux qui s’y rendaient avaient parfois la chance d’entendre s’échapper de l’immense maison, des lamentations aériennes qu’une harpe lointaine accompagnait. Lorsque l’ensorceleuse prenait une pause dans sa quête de l’immortalité, qu’elle ne se donnait pas toute entière à l’entretien de celles qu’elle voyait comme ses semblables, qu’elle ne cherchait pas l’affinement de ses maléfices, ni qu’elle ne travaillait la rédaction de son journal personnel, c’était à des compositions mélomanes qu’elle consacrait son temps et sa passion. La plupart étaient des mélopées éperdues de douleur comme on en retrouvait dans les tragédies baroques, empruntes d’une sorte d’ivresse lyrique absolue ; quelques autres s’inscrivaient dans un registre plus galant, plus courtois et léger, inspiré par ce souvenir qu’elle avait gardé de ces réunions mondaines. Mais les plus récentes qui avaient été écrites par ses soins spleenétiques s’apparentaient à des romances où se délivrait de son cœur de marbre, l’innocence éphémère de la jeune fille que le passé avait tuée.

Lady Linerose était une ces dames d’Angleterre irréprochables en tout point comme en produisait l’ancienne haute vie britannique : elle avait avec elle en toute circonstance, quel qu’ait été le cadre, cette confiance orgueilleuse en elle-même que conféraient une richesse héréditaire et un nom fameux inscrit parmi les grandes légendes du monde. Son érudition, solidement bâtie sur le côtoiement des élites pensantes était remarquable, autant qu’on ne pouvait rien dire de sa beauté mis à part qu’elle était trop parfaite pour être celle d’une modeste mortelle. Si excellemment dessinée par l’Aphrodite, elle ne pouvait résulter que de traitements mystiques opérés sur son propre corps. L’une de ses premières feintes contre les prescriptions de la Nature avait été les bains de jouvence. Il lui suffisait de rassembler les jeunes filles les plus ravissantes qu’exposait le marché de la société occidentale, et successivement de les faire saigner à blanc pour s’immerger dans leur sève purpurine. Mais si les bienfaits qui découlaient de cette pratique lui garantissaient une longévité surprenante, elle ne lui permettait cependant pas d’être aussi immortelle qu’elle le désirait. Son corps pouvait transpirer la jouvence des premières années, il restait aussi périssable que n’importe quelle autre enveloppe charnelle, ce qui l’empêchait d’en tirer une pleine satisfaction. Alors, pour échapper à la mortalité, elle avait tenté de mettre le reste de son savoir à son service, en vain jusqu’à aujourd’hui.
Plongée dès son enfance dans l’étude et l’amour des plantes naturelles, en percer premièrement les secrets les plus évidents jusqu’aux plus infimes avait été toute la seconde œuvre de sa vie. L’enjeu final avait ensuite été de les maîtriser pour qu’elle puisse en tirer ses propres bénéfices. Elle avait parcouru le monde à la recherche d’espèces vertes qui lui serviraient suivant ses entreprises, et s’étaient intéressées à elles de sorte à ce que plus rien ne lui soit obscure. Ainsi s’expliquait sa connaissance quasi-totale des spécimens les plus rares et de leurs propriétés souvent exceptionnelles. Son jardin en contenait quelques uns, mais c’était en ce grand dôme de verre qu’elle nommait « mon royaume » que l’on en retrouverait la plupart. Ni homme ni femme ne pouvaient s’y rendre, car la Comtesse craignait que l’impureté des tiers individus n’entache son sanctuaire. Pour les servants de la maison, encore plus que les visiteurs qui devenaient rares à l’heure actuelle, c’était un lieu saint, une cathédrale close, soit l’eldorado impénétrable de Madame la Comtesse.

Je me souviens qu’au sujet de cette même serre, pendant un temps, celui où son dernier époux en date Monsieur Aimé de Beauregard était encore en vie, avait circulé un nombre important de rumeurs. On racontait ici et là que l’un des hommes les plus fortunés de la Nouvelle-Orléans s’était lié à une ensorceleuse qui cohobait ses charmes à partir de ses plantes. On disait aussi de la jouvencelle que c’était une empoisonneuse qui élevait comme ses enfants biologiques – à défaut d’en avoir réellement, une fratrie de fleurs vénéneuses. Ses rumeurs, bien qu’une fois regroupées formaient un ensemble de faits avérés pour une part de la communauté, s’étaient tues avec le temps, notamment parce que la ville connaissait de plus préoccupantes questions que celle-ci, à l’heure où l’on en parlait. Dès lors seuls les plus avertis pouvaient échapper au charme de l’enchanteresse et peut-être, porter un regard plus critique sur ce qu’elle était. Il était donc naturel que ce jeune homme se soit laissé enivrer par les parfums qu’exhalait cette rose exotique, sans faire attention aux nombreuses épines qui ornaient sa tige ni au poison qui sourdait de ses pétales. Un jeu, point encore trop vicieux mais déjà mortel s’était installé entre eux deux : lui nourrissait à son égard un intérêt si souverain qu’il s’était décidé à percer le mystère que constituait sa personne, même si cela signifiait la suivre jusque chez elle. Et Linerose, le cœur aussi ravi que son âme fût amatrice de jeunes hommes, n’avait fait qu’alimenter cet appétit pour elle, l’attirant dans un piège dont il ne pourrait jamais sortir.

« Vous voulez dire que vous saviez que je vous suivais depuis tout ce temps … ? »

Le début d’un sourire empoisonné qu’il ne pourrait voir à cause de l’ombre que son grand chapeau portait sur son visage prit doucement place sur ses lèvres. Linerose se sentit revenir en arrière, au temps où les éphèbes faisaient la cour aux dames qu’ils souhaitaient approcher, parfois après les avoir suivies une nuit durant dans l’espoir de quérir leur cœur.

« Je m’en étais aperçue depuis un moment, oui… entama-t-elle avec voix teintée d’une innocente modestie. Lorsqu’il fit le bon geste de se présenter, le fin sourire rosé de la dame s’étala un peu plus sur la plage de son visage. Et puis-je savoir pour quelle raison, Scott, elle avait consciencieusement appuyé sur son prénom, vous m’avez suivie jusque chez moi ? »

Sa voix bien qu’interrogatrice ne semblait contenir aucune réprobation quant à la situation. Elle semblait prendre le fait que l’on l’ait suivie avec une sorte d’aise indifférente, sans doute parce qu’elle se doutait que les motivations de l’inconnu ne devaient pas lui être néfastes et que le moment en lequel ils se trouvaient devait plus être le fruit d’une inclination envers elle que celui d’une machination visant à lui porter atteinte.

Ne pouvant distinguer comme elle le voudrait les traits de son visage à cause de la pénombre ambiante, elle s’avança doucereusement en sa direction pour mieux y parvenir. Bien évidemment, il était déconcerté par cette étrange sérénité qu’elle inspirait à ce moment-même. Le commun des mortels aurait au moins été gêné dans une situation comme celle-ci, pourtant elle ne l’était pas. Madame de Beauregard n’était-elle pas surprenante ? La voix du jeune homme se fraya à nouveau son chemin vers elle.

« Dois-je comprendre que vous n'êtes pas irritée d'avoir été suivie ? »

L’interrogation, une fois parvenue à la destinataire, déploya une nouvelle délectation sur sa figure angélique. Elle baissa le visage avec une sorte de réserve, de chasteté qui la rapprochait de l’ancienne version d’elle-même que l’on pensait disparue aujourd’hui. Comment pouvait-elle lui répondre avec franchise sans qu’il ne se doute que le fait que l’on vienne à elle était tout ce qu’elle attendait ? Il ne fallait surtout pas qu’en lui répondant, elle passe pour la dévoreuse d’âmes qu’elle était. Alors, avec toujours autant de pudicité, elle laissa un rire délicat et passager s’évader d’elle.

« Si étrange que cela pourra vous paraître, non, je ne le suis pas. » Elle avait pris quelques instants avant de saisir la parole, ayant recherché l’éloquence parfaite et la formulation la plus adéquate. Et tandis qu’elle reprenait avec candeur, son visage se releva doucement afin de ravir son regard : « Tant que je peux connaître vos motivations. »

En suivant ainsi et à cette heure la voiture d’une parfaite inconnue, il fallait bien l’admettre, il s’était exposé à certains risques. Linerose avait hâte d’entendre de ses lèvres si cela avait été en toute conscience de ceux-ci ou non. La Nouvelle-Orléans était une ville divisée et troublée par les relations conflictuelles que les différents groupes qui la peuplaient entretenaient, et encore plus aujourd’hui avec la guerre qui opposait les fils de la Lune aux buveurs de sang. Aux yeux de beaucoup, c’était une ville comme toutes les autres : un lot d’impressionnants édifices et de ruines, de richesses telles que son attrait touristique et de pauvretés. Mais pour d’autres, c’était un empire non encore conquis, que les décennies transformaient en un théâtre sanglant où hommes et femmes luttaient avec acharnement pour le pouvoir. Linerose le reconnaissait, elle était de cette guerre, et sous deux rôles distinctes. Le premier était celui de la femme mesurée et effacée qui suivait sans contestation les indications de la plus haute sorcière de sa congrégation : Vanessa Morehead. Le second en revanche, était celui de la Comtesse, grande actrice dans ce conflit d’intérêts ; impérieuse, meurtrière et stratégiste. Je me demande alors à laquelle des deux le jeune a-t-il affaire ? Ou serait-ce un troisième visage que l’on voit là émerger ? A mi-chemin entre les deux que nous connaissons maintenant ?

« J'aimerais moi aussi mettre un nom sur ce visage que j'ai si souvent croisé, si vous me le permettez. »

L’esprit de Linerose qui s’était égaré vers des interrogations métaphysiques revint vers lui. Alors qu’elle retrouvait son si noble port de tête, elle lui répondit :

« Bien sûr, elle tira sur les plis de sa jupe et se pencha en avant, esquissant une révérence, mais avant si nous rentrions afin de faire plus amples connaissances ? Nous serons sûrement plus à l’aise une fois à l’intérieur. »

Elle se redressa et ajouta, en même temps que ses mains retombaient le long de son corps, enlacées.

« Cette soirée, aussi belle et empreinte de poésie soit-elle promet de se rafraîchir, une lueur de malice brillait dans ses yeux, et puis j’aimerais au moins vous offrir une tasse de thé pour vous remercier d’être ici. Après tout ce n’est pas tous les jours que je peux recevoir de la compagnie… »

Comprit-il alors qu’elle n’avait aucune intention de le laisser repartir ? Sûrement était-il encore trop pantois pour que cette pensée lui traverse l’esprit. Un dernier sourire ponctua les paroles de la Comtesse. Puis, sans qu’elle n’ait attendu de réponse de sa part, elle s’élança vers le sombre portail qui séparait sa demeure du monde. A peine ses doigts fuselés en eurent effleuré le métal que celui-ci s’écarta pour leur offrir l’accès au domaine. Déjà lancée sur son chemin pavé, Linerose fit un demi-tour sur elle-même :

« Vous venez ? » Avait-elle demandé. L’invitation avait pris la forme d’une simple question. On ne se serait jamais douté que sans celle-ci, une aventure non-permise au-delà des barrières qui circonscrivaient sa propriété était mortelle. Et cela faisait naître une étincelle d’espièglerie dans son regard, car sans qu’il ne l’ait soupçonné, son interlocutrice venait de lui éviter une annihilation certaine, qui aurait été inexplicable, longue, et douloureuse. Se serait-il précipité immédiatement à sa suite, il l’aurait payé de sa vie.  

En franchissant la première entrance, on s’engageait dans un vaste jardin entouré par de hauts murs constitués de pierres qui s’apparentaient à une muraille dont on ne remarquait aucune ouverture si ce n’était le portail de l’entrée principale. Une avenue de dalles cimentée avait sinueusement été tracée au milieu de cette grande cour, permettant de voyager entre ces centaines de végétaux qui semblaient tous cultivés avec un soin extrême. Le sol était en outre parsemé de plantes éblouissantes et odorantes, toutefois il suffisait d’y porter un œil plus attentif pour percevoir parmi elles quelques figures qui l’étaient moins. Penchez-vous vers elles, écoutez-les, et éprouvez avec elle la douleur causée par la malédiction qui les enchaînait à la terre, qui les piégeait dans un état d’affliction constant dont Linerose n’avait cure, du moment qu’elles ne fanaient point. Il ne vous fallait qu’une oreille attentive et surnaturelle pour ouïr leurs sanglots d’exténuées. Quiconque était pourvu d’une âme ne pouvait être insensible à cet accablement que les mots ne permettaient pas de décrire, cette mélancolie de l’être suffisamment forte pour affliger celui des passants ; un peu plus et l’on aurait presque deviné chez ces fleurs un regret d’une condition humaine perdue.

Linerose, d’une démarche prestigieuse, suivait avec imperturbabilité le chemin qui la mènerait jusqu’à sa demeure. Depuis le moment où elle avait fait entrer le jeune homme chez elle, un silence qui l’offensait s’était installé entre eux. Après un arrêt subit, elle se tourna face à lui comme pour s’assurer qu’il était encore derrière elle. Puis, comme si elle avait voulu s’excuser de cette âcre attitude qu’elle venait d’avoir, elle se mit à lui dresser un tableau du décor qui les entourait :

« Ce jardin est l’aboutissement d’une vie et d’un labeur quotidien. Je crois que depuis mon enfance, cela a toujours été mon rêve d’en tenir un comme celui-ci. Il m’a permise de gagner certaines honorables distinctions si vous voulez savoir, comme celle du prix annuel du plus beau jardin de la ville, et celui du mieux entretenu. »

Elle inclina le visage sur le côté, et lui s'adressa à lui avec une voix si sincère que la réponse attendue semblait déterminante pour la suite. Son regard s’était pensivement affiné, comme si elle avait cherché à le sonder.

« Est-ce que vous aimez les fleurs, Scott ? »

Ses yeux de jade restèrent plantés dans les siens pendant plusieurs instants, en attente d’une réponse, avant que son attention ne semble soudainement captée par un arbuste qui se trouvait près d’eux. Elle se pencha vers la plante, du bout des doigts en saisit délicatement une des fleurs si colorées et la tira, toujours avec autant de précaution, à la rencontre de ses narines :

« Tenez, ceci est un hibiscus syriacus, que l’on appelle aussi rose de Chine. C’est une de mes plus belles espèces tropicales. »

Elle se redressa, et son visage se tourna à nouveau vers lui. Elle sentait que la lune donnait un accent particulier à leur interaction. Sans doute était-ce lié à la sublimation de leur environnement par celle-ci. Elle souriait noblement à présent, et quelques rougeurs timides s’observaient sur ses joues. Grâce à l’éclairement de la lune sur son visage, on ne pouvait le manquer.

« Pardonnez-moi. Lorsque je commence à parler de mon jardin, je ne m’arrête plus, avec un embêtement dont ne pouvait avoir aucun doute, elle avait baissé le menton, j’espère ne pas vous avoir fait une mauvaise impression. »

Elle regarda derrière elle et, paraissant désolée de son geste, le guida jusqu’à la porte d’entrée, en prenant soin de ne creuser aucune distance entre eux durant leur marche. Le château, ou si ce terme vous paraît pompeux, la maison de Linerose était un imposant édifice à l’architecture ancienne. La façade mélancolique du manoir saillait par une terrible exactitude des lignes tracées et une immensité si importante que l’on devinait immédiatement à la résidente un goût pour les habitations seigneuriales, et surtout, l’affirmation sous toutes ses formes de son haut statut social. Aussi modeste son attitude avait-elle été avec le jeune homme jusqu’ici, il pouvait aisément le remarquer au choix de matériaux et au grand travail de la bâtisse.

C’est l’une de ses trois demoiselles de maison qui vint leur ouvrir. De la surprise était apparue sur son visage de porcelaine en remarquant que la dame était accompagnée. Sa première interrogation intérieure, pour le moins indiscrète elle s’en rendait compte, fut de se demander s’il s’agissait d’un nouvel amant que la maîtresse de la maison avait dérobé. Honteuse de l’avoir si ouvertement dévisagé, elle cessa, puis baissa le visage avant de s’écarter. Linerose retira son chapeau et elle s’en empara.

« Madame, balbutia-t-elle, je ne m’attendais pas à ce que nous ayons une visite ce soir… »

La domestique relevait le visage mais osait à peine soutenir le regard de celle qui l’employait. Elle s’efforça de faire disparaître sa mine fatiguée, de peur de manquer à ses devoirs de servante et d’être punie pour ce motif par la suite. Linerose, qui tentait encore de faire bonne figure devant ce voyageur qui découvrait un autre monde se permit de prendre la parole.

« Eléonore, je vous présente Scott. Lui et moi nous sommes rencontrés sur la route. C’est tout naturellement que je l’ai invité ici, à prendre le thé en notre compagnie. Vous serez bonne, d’ailleurs, de bien vouloir aller nous en préparer.
- Tout de suite Madame, je me hâte. »

Les yeux de la bourgeoise vrillèrent vers le jeune homme.

« Pendant ce temps, allons discuter sous la véranda, voulez-vous ? Elle offre une très belle vue sur l'extérieur. »

L’entrée donnait sur une vaste pièce intermédiaire qui faisait le pont entre la salle de séjour et celle-ci. Si la bâtisse attestait extérieurement la retraite d’une famille opulente, son intérieur n’était pas en reste. On remarquait la présence de diverses décorations d’une grande valeur, notamment l’étalage d’une collection de toiles plus somptueuses les unes que les autres dont la dame était très fière. La plus impressionnante devait être celle qui trônait dans la salle à manger qui se couplait à la véranda. un grand tableau de forme rectangulaire qui représentait un homme et une femme d’un autre siècle qui lui ressemblait néanmoins trait pour trait. Assise au beau milieu d’un jardin en la compagnie de ce qui semblait être son époux, elle souriait à un nouveau-né qu’elle tenait affectueusement dans ses bras tandis que l’homme portait sur elle l’œil bienveillant et adorateur d’un amant.

Linerose fit s’asseoir Scott, desserra sa veste, puis le rejoignit. C’était encore une pièce spacieuse, dont les murs de verre permettaient à la lumière d’entrer comme dans une serre. Je finissais par me demander comment une femme pouvait bien être heureuse dans de si grandes étendues lorsqu’elle était si esseulée. A nouveau, elle brisa le silence :

« Cette maison est faite pour deux, à l’origine, avait-elle dit avec un sourire mélancolique. Je vous en prie, surtout mettez vous à l’aise. »

Elle lui sourit, puis reprit, dévoilant enfin ce qu’il avait attendu depuis le début :

« Je m’appelle Linerose. »



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dark doom honey, i follow you ft. linerose

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